Bpost : résistance des travailleurs aux atteintes au droit de grève

Le mercredi 21 octobre, les travailleurs de la poste ont commencé une grève qui a duré plus d'une semaine suite à un préavis déposé par la CSC Transcom. Ce sont d'abord les centres de tri[1]de Bruxelles X et Anvers X qui ont commencés la grève, ils ont été suivis rapidement par les autres centres de tri dont celui de Charleroi X (Fleurus) et enfin par les centres de distribution qui sont venus en soutien à l'action.

A l'origine de la grève, un nouveau plan que Bpost voulait imposer aux travailleurs de tous les centres de tri du pays. Ce nouveau plan prévoit une série de mesures entraînant une diminution des heures de récupération et du montant des primes accordées aux travailleurs lors du travail le week-end et les jours fériés. Le jeudi 29 octobre, le plan a été voté en commission paritaire. Selon Koen VAN GERVEN,  administrateur délégué de Bpost : « Il s’agit d’un accord équilibré. Il est empreint de réalisme et représente un outil important afin d’encore mieux servir nos clients. Sur base de cet accord, notre entreprise pourra renforcer sa position concurrentielle et préserver des centaines d’emplois pour ses collaborateurs. » 

L’administrateur délégué de Bpost, nommé le 25 février  2014, par le Conseil des Ministres est bien loin de la réalité des travailleurs de Bpost. Lors de sa nomination, sa rémunération annuelle a été fixée à 500 000 euros brut assortie d'une part variable qui pourra atteindre 30% de ce montant. Quant aux bénéfices de Bpost, ils sont importants. En 2014, l'entreprise a enregistré un bénéfice net de 295,5 millions d'euros. En 2013, ce bénéfice était en hausse de 8%. Par la diminution de ces primes et des jours de récupération, il s'agit pour Bpost de répartir encore davantage de ces bénéfices au profit des actionnaires.

La réaction de Bpost, durant cette grève, a été de s'attaquer directement au droit de grève protégé par des conventions internationales auxquelles la Belgique a adhéré. L'entreprise l'a fait de plusieurs manières. A Charleroi X, le vendredi 23 octobre, un huissier de justice s'est rendu au piquet à la demande de Bpost. L'entreprise a introduit une requête unilatérale devant le tribunal de première instance. L'objectif de Bpost étant de mettre un terme à ce piquet. Bpost a eu gain de cause mais de manière provisoire. La décision rendue en référé (en urgence) est une décision provisoire suite à une procédure qui s'est déroulée sans débat contradictoire ce qui signifie que les travailleurs, représentés par le syndicat, n'ont pas été entendus par le juge. L'huissier de justice a notifié la décision le lundi 26 octobre au responsable du piquet du centre de tri de Charleroi X, accompagné d'une dizaine de policiers. En outre, des travailleurs intérimaires avaient été engagés par Bpost durant la période de grève. L'engagement d'autres travailleurs est une veille tactique des entreprises pour s'attaquer au droit de grève et est illégal. Les grévistes se sont opposés à juste titre au maintien de ces travailleurs intérimaires. Mardi 27 octobre en début d'après-midi, ils ont obtenu une victoire puisque Bpost a finalement mis fin à l'engagement de ces travailleurs intérimaires. 

Aujourd'hui, le droit de grève et les syndicats fait l'objet de nombreuses attaques du Gouvernement MICHEL DE WEVER. Or le droit de grève est fondamental dans une société démocratique.

En 2012, le Comité européen des droits sociaux, chargé de veiller au respect de la Charte sociale européenne, a condamné la Belgique suite à une réclamation collective déposée en 2009 par la confédération européenne des syndicats (CES), la centrale générale des syndicats libéraux de Belgique (CGSLB), la confédération des syndicats chrétiens de Belgique (CSC), et la fédération générale du travail de Belgique (FGTB).

Les syndicats l’avaient saisi, estimant que des décisions de tribunaux ordonnant l’arrêt de piquets de grève violaient cette Charte. Le Comité leur a donné raison, jugeant "légitime que les travailleurs grévistes cherchent à entraîner l’ensemble des travailleurs dans leur mouvement". Et comme l'a dit aussi la Cour européenne des droits de l'homme dans un arrêt condamnant la Turquie « La grève qui permet au syndicat de faire entendre sa voix, constitue un aspect important pour les membres d’un syndicat dans la protection de leurs intérêts….. ».      

Le maintien de ce droit est indispensable pour la protection des droits sociaux. C'est ce droit de grève qui a permis des acquis sociaux tels que les allocations familiales, les congés payés. Il n'est pas acceptable que le simple citoyen doit se serrer la ceinture pour payer ses factures et réduire sans cesse ses loisirs pendant que des actionnaires et des personnes comme Monsieur  Koen VAN GERVEN ont des salaires aussi indécents.

 

Isabelle MINNON

 

 

[1] Il s'agit des centres par lesquels les colis et les lettres passent. il y en a 5 en Belgique : Liège X, Gand X, Anvers X, Bruxelles X et Charleroi X.