A propos de la grève chez CAT-Gosselies : Toutes les méthodes de management qui n'écoutent pas suffisamment les salariés sont nuisibles pour la santé.

Toutes les méthodes de management qui n'écoutent pas suffisamment les salariés sont nuisibles pour la santé.

Un travailleur est licencié et c'est la grève à Caterpillar Gosselies. Ce licenciement injuste est, quelque part, le sommet de l'iceberg. En vérité, un malaise profond vit dans cette entreprise depuis la restructuration subie en 2013. Cette restructuration a laissé sur le carreau des centaines de travailleurs et a donné lieu à une restructuration complète du travail à l'intérieur de l'entreprise. 150 millions d'investissement ont été consentis pour achever la transformation de cette entreprise qui usinait des pièces en une énorme entreprise de montage fonctionnant avec des chaînes tirantes. Ces chaînes de production, à l'image de ce qui se fait depuis belle lurette dans le secteur automobile, ont ça de particulier que ce n'est plus le travailleur qui décide du rythme de travail mais les chefs. Voilà qui fait une grande différence pour les producteurs de bull de Gosselies.

L'augmentation de l'intensité du travail comme stratégie de repli de la multinationale.

Le management mondiale de Caterpillar doit faire face à un gos problème : sa stratégie ne fonctionne pas. En effet, la « Vision 2020 » de la boîte avait plannifié un chiffre d'affaire de 100 milliards de dollars à la fin de l'année 2020 ainsi que des dividendes très confortables pour les actionnaires. Mais ça ne fonctionne pas. Les dernières prévisions évoquent seulement la moitié de ce montant à la date prévue. Comme nous sommes en temps de crise et que les dirigeants de cette multinationale n'entendent pas remettre en cause le crédo capitaliste, ce sont les travailleurs qui doivent payer la crise. Et il la paient de plusieurs manières. Via le licenciement. C'est ainsi que le groupe à perdu 4200 salariés de par le monde en un an. Via les économies de toutes sortes mais aussi via l'augmentation de l'intensité du travail.

Augmenter la productivité veut souvent dire acheter de nouvelles machines, de nouveaux équipements qui rendent la production plus efficace. Augmenter l'intensité signifie demander plus d'efforts à un travailleur pour le même nombre d'heures. Evidement pour obtenir cet accroissement de l'intensité du travail, il faut aussi investir. Mais alors, ce sera pour acheter des écrans, des chronomètres, des chaînes tirantes. Bref, tous ces équipements qui permettent de donner la maîtrise du temps de travail à la direction plutôt qu'au travailleur.

L'intensification du travail met en danger la santé du travailleur ainsi que sa bonne humeur.

Un augmentation de l'intensité du travail s'accompagne souvent d'une détérioration du climat dans l'entreprise (les chefs s'énervent, les évaluations tombent, les travailleurs sont chronométrés pour aller faire pipi,…) et aussi de problèmes de santé (burn out, épuisement, douleurs ariculaires,...).

Bien souvent le rapport entre les travailleurs et leurs responsables se tendent et des incidents se produisent. «Toutes les méthodes de management qui n’écoutent pas suffisamment les salariés sont nuisibles pour leur santé. Le manager qui ne reconnaît pas son interlocuteur comme un professionnel et le voit comme un pion, est dangereux. Il conduit les travailleurs à devenir des machines.» explique Philippe Zawieja qui a dirigé la rédaction du Dictionnaire des risques psychosociaux

A Caterpillar, la hausse de l'intensité du travail est d'autant moins acceptée que les travailleurs n'en voient pas l'intérêt. En effet, pourquoi produire plus vite alors que l'on vend moins et que, surtout, une masse importante de travailleurs sont hors de l'entreprise pour cause de chômage économique ? On licencie des centaines de travailleurs. On laisse des dizaines d'autres travailleurs chez eux. Et on fait crever ceux qui restent. Une logique difficilement acceptable pour les travailleurs qui subissent la situation.