Introduction: Reconquérir la ville

Introduction

Reconquérir la ville

Comme le dit le chanteur Mochélan, Charleroi n’est pas une ville de « pleurnicheurs ». Et il ajoute « c’est une ville de gars courageux et francs ». C’est vrai, Charleroi est une ville de résistance. C’est cette résistance dont nous voulons nous faire le relais et que nous voulons développer. Ce n’est pas un hasard qu’en 2012 ce soit l’une des grandes ville où le PTB a émergé pour la première fois lors des élections communales. Grâce aux 3,5% obtenus par la liste PTB+, Sofie Merckx, militante et médecin généraliste active depuis 1999 à la maison médicale de Médecine pour le Peuple à Marcinelle, entrait au conseil communal pour y représenter le PTB.

Nous avions averti dès le début de notre mandat : le PTB mènera l’opposition différemment. Nous « ouvrirons les fenêtres du conseil communal », avions nous dit. Six ans et de nombreuses mobilisations devant le conseil communal plus tard, nous pouvons dire que nous avons tenu parole. Sofie Merckx a été entre temps rebaptisée “la dame de pique” du conseil communal.

Mais le plus important pour nous c’est que nous ne sommes pas seulement actif dans le travail d’opposition au conseil communal, nous le sommes avant tout dans les quartiers, parmi les gens. La locomotive n’est pas l’élément le plus long du train, c’est l’élément qui tire les autres de l’inertie et de l’immobilisme et les pousse à aller de l’avant. C’est ce que veut faire le PTB : avec de nombreux Carolos, comités d’action, initiatives citoyennes, syndicats et jeunes, nous remettons en marche des choses qui jusqu’ici étaient à l’arrêt.

Nous nous sommes par exemple battus aux côtés des parents de Charleroi pour obtenir la gratuité des garderies. Cette résistance a payé. Nous nous sommes aussi battus aux côtés des citoyens de Montignies Sur Sambre pour le maintien de la maison de quartier. En menant des actions avec les habitants de Charleroi, nous avons fait en sorte que la problématique du logement reste à l’ordre du jour durant toute la mandature. Nous sommes aussi intervenu sur le peu d’ambition de la majorité concernant la mobilité dans notre Ville. Faire payer le parking aux habitants n’est ni une solution sociale, ni une solution écologique. Là aussi nous avons obtenu le soutien des carolos à travers les milliers de signatures rassemblées au bas de notre pétition.

C’est ce que nous appelons au PTB le « rue — conseil — rue ». Autrement dit, nous prêtons une oreille attentive aux problèmes soulevés dans les quartiers (rue), nous les transmettons ensuite au conseil communal où nous proposons également une solution (conseil), et enfin nous rapportons le débat au quartier (rue). Entre-temps nous encourageons les gens à ne pas rester là à attendre, mais à se mobiliser et à faire bouger eux-mêmes les choses, les grandes choses comme les petites.

Depuis le départ, nous avons participé aux actions pour la réouverture de la piscine de Gily et en ne lâchant pas le morceau ni au conseil communal ni sur le terrain, nous avons forcé la majorité à revenir sur sa politique de fermeture des piscines. Nous avons également été interpellés par les clubs sportifs carolos qui doivent faire face à l’augmentation du prix des locations de salle et les avons soutenus. Nous avons donné notre soutien à ces parents qui déplorent l’état des écoles de Charleroi. Certaines écoles ont en effet été obligées d’attendre la fin de la mandature pour pouvoir bénéficier d’une salle de fête, d’un coup de peinture ou de nouvelles portes. Au conseil communal, nous nous sommes aussi fait l’écho de la lutte des travailleurs de Caterpillar et de leur sous-traitant Cediwal. Nous sommes intervenus contre l’exclusion des chômeurs votée par le précédent gouvernement, contre la réforme du système des emplois APE de la majorité régionale actuelle et contre le dumping social sur les chantiers du centre ville, avec les accidents survenus lors de la construction du centre commercial Rive Gauche. Nous avons aussi toujours tenu à soutenir les travailleurs de la ville de Charleroi qui sont face à une majorité qui ne s’est pas gênée pour appliquer l’austérité et pour attaquer leurs acquis sociaux. Nous avons aussi soutenu les SDF et les acteurs sociaux de Charleroi lorsque la majorité communale a imposé son règlement anti-mendicité. A toutes ces occasions, nous avons invité les personnes concernées à prendre les choses en main, à manifester leur envie de faire bouger les choses, en signant et diffusant une pétition, en soutenant une intervention de Sofie Merckx ou en étant présents au conseil communal. La force des gens, nous y croyons !

Comme on peut le constater, Sofie, soutenue par le travail collectif de tous les camarades du PTB à Charleroi, a été très active durant cette mandature. Nous nous sommes investis dans un grand nombre de dossiers qui concernent la vie quotidienne des carolos. Nous avons dénoncé les mesures antisociales de la majorité précédente ainsi que les affaires et les pratiques politiques inacceptables, et nous avons cherché à proposer des alternatives sociales, démocratiques et durables pour notre ville. Parmis ce qu’on a rejeté, on retrouve par exemple les fermetures de piscines, de bibliothèques et d’antennes citoyennes, l’achat annoncé d’un bâtiment de 30 millions d’euros pour la cité administrative sans étude et sans marché public, les liens avec le monde des promoteurs immobiliers ou encore le caractère illégal du statut du directeur général de notre ville qui travaille dans le cadre d’un contrat temporaire qui le rend dépendant du collège et du bourgmestre, et ce alors que son rôle est justement d’opérer un contrôle indépendant des actes administratifs de la Ville. Pour nous, l’administration de la ville doit être transparente et au service des gens. C’est comme ça que nous concevons la politique communale.

Pas de petites protestations par-ci par-là, mais une véritable révolution de la ville

On voit se développer dans notre ville une pratique pour le moins inquiétante, à savoir une étroite imbrication entre barons de l’immobilier, holdings financiers, spéculateurs et décideurs de partis politiques. Une pratique qui n’hésite pas à vendre les espaces urbains et à désinvestir dans les services publics, une pratique maintenue dans l’obscurité. Un esprit de club fermé qui fait grincer des dents.

Nous ne nous contenterons pas de petites protestations par-ci par-là contre la politique néolibérale. Nous ne voulons pas d’une petite couche de vernis social sur la politique néolibérale menée à Charleroi, ce que nous voulons c’est une véritable révolution urbaine. Nous sommes pour une ville à échelle humaine, une ville qui ne sera pas mise en vente au plus offrant, mais qui s'attelle à répondre aux besoins de ses habitants. Nous ne voulons pas d’une ville qui se contente de faire des discours sur des logements abordables, mais qu’ils soient construits réellement.

Nous voulons une ville qui ne laissera aucune chance à la pauvreté, une ville où le chiffre honteux d’un enfant sur quatre vivant dans la pauvreté serait de l‘histoire ancienne. Nous voulons une ville où tous les habitants sont pris en considération, une ville sans citoyens de second rang, sans peur et sans division.

Nous voulons également une ville engagée à l’égard du climat. Une ville avec un avenir durable, où la préoccupation pour le climat est vue comme une opportunité pour améliorer la qualité de vie. Nous voulons une ville sans problème de circulation, où la dimension sociale et durable de la mobilité est la priorité à travers le développement des transports publics et où la sécurité des piétons et des cyclistes est garantie.

Nous ne voulons pas de petits changements par-ci par-là, nous voulons changer radicalement la ville. Nous ne sommes pas préoccupés par la distribution des postes d’échevin ou autres mandats bien rémunérés. Nous ne sommes pas intéressés par les jeux d’alliances. Ce qui nous intéresse c’est de mettre en pratique notre vision de la ville. Pour pouvoir élaborer notre programme, nous avons organisé une Grande Enquête à laquelle ont participé 2892 Carolos. C’est une des plus grandes enquêtes jamais organisées dans notre ville. Consulter et impliquer les gens fait partie de notre ADN.

Une ville à la mesure des gens, pas du profit

Il serait temps qu’en Belgique l’on mette en œuvre une politique urbaine globale permettant à chaque ville de faire valoir ses atouts. Une politique cohérente avec une vision globale en matière d’investissement et de développement. Une vision globale impliquant partout une même taxe communale et une même taxe sur la force motrice ainsi qu’un refinancement des villes à la hauteur de leurs dépenses. Celle-ci serait en contradiction avec la politique actuelle qui monte les villes les unes contre les autres dans une bataille concurrentielle absurde et ruineuse. Prenons l’exemple du palais des congrès à Charleroi. Ce n'est pas qu'il y a un besoin objectif en “palais des congrès”. Non, c'est parce qu'il faut faire concurrence à Namur, Liège, et Mons. Les congrès qui se tiendront ici se feront au détriment de ces villes.

Il faut cesser de considérer la ville comme un outil de marketing. Dans la vision néolibérale on compte surtout sur du capital privé. Dans cette vision les citoyens sont, au mieux, vus comme des consommateurs. Cette vision aboutit à des projets “bling bling” qui sont parfois en total décalage avec les besoins des gens. Le plus emblématique de ces projets est bien la construction de la marina : un port pour les bateaux de plaisance au centre ville autour duquel des logements de luxe seront construits. Ces appartements construits par IRET et EIFFAGE dans le centre de Charleroi pour un loyer de 1000 ou de 1200 euros par mois sont hors de prix. Ce n’est pas notre vision d’une politique sociale du logement.

La ville est le lieu où les citoyens vivent ensemble, où ils habitent, où ils travaillent et se divertissent. Le mot « commune » vient du terme « communauté ». Une commune n’est pas un supermarché. Une administration communale doit veiller à ce que tous les habitants aient un logement décent et des conditions de vie décentes. Ils doivent pouvoir se déplacer facilement. Les besoins des habitants doivent être la priorité de la commune. Face au bling bling nous voulons des quartiers intégrés. Un quartier avec toutes les infrastructures nécessaires à proximité des habitants.

Charleroi a besoin de changement, mais quel changement? Soyons clairs! Nous avons le choix entre deux visions diamétralement opposées. Le projet de la majorité actuelle est d’attirer les citoyens “à haut potentiel contributif”, le problème c’est que c’est le même projet à Namur, Mons ou Liège. La question est : Voulons-nous changer les conditions de vie des carolos et ainsi changer Charleroi ? Ou voulons nous changer charleroi en chassant ses habitants les moins fortunés?

La vision commerciale donne la priorité au béton et au privé, la vision publique donne la priorité aux gens et à une plus grande justice fiscale. Là est tout l’enjeu des élections : quelle est la vision la mieux adaptée à notre 21ième siècle, la ville commerciale ou la ville à échelle humaine ? Au lieu de nous inspirer du Monopoly qui se joue au MIPIM1 de Cannes on devrait aller voir comment, à Barcelone, la maire Ada Colau a, dans un contexte économique difficile, décidé de construire 4000 logements publics pour répondre à la crise du logement.

Si nous voulons construire une ville qui réponde aux défi sociaux, économiques et écologiques du 21ème siècle, si nous voulons construire une ville à la mesure des gens, alors les clefs de notre ville doivent être dans les mains des citoyens, pas dans la poche des promoteurs immobiliers.

Sofie Merckx et Germain Mugemangango

Les néolibéraux ont pris la ville en otage

Pendant plus de 150 000 ans, l’homme, l’Homo Sapiens, a vécu en petits groupes de chasseurs-cueilleurs. Ce n’est que bien plus tard, c’est-à-dire il y a moins de 10 000 ans, que ces sociétés primitives ont commencé à développer de nouvelles techniques et que les choses ont changé. Les tribus nomades sont devenues sédentaires. Culture et élevage ont pris le dessus. À partir de là, les techniques ont évolué très vite : canaux d’irrigation, fertilisation, animaux de trait, charrues à roues, voiliers, cuivre, bronze, verre, calendriers solaires, écriture, système numérique… La population augmente ; l’homme peut produire bien plus que les quantités nécessaires et constituer une réserve en cas de mauvaise récolte et de mauvaises conditions climatiques. Ce surplus est stocké et conservé par un groupe de personnes qui se l’approprie. C’est à ce moment-là que la société se divise en classes. C’est également à cette période, il y a 5 000 ans environ, qu’apparaissent les premières villes. La ville a toujours été un lieu marqué par les différences de classes. Le contraste entre propriétaires et démunis a traversé toutes les villes, des antiques cités sur le Nil, le Fleuve jaune et le Mékong aux cités esclavagistes, comme Athènes et Rome, jusqu’aux villes industrielles comme Liège et Charleroi.

Charleroi s’est surtout développée comme ville après la révolution française et au début de la révolution industrielle. Elle était riche en industries charbonnières, verrières et sidérurgiques. La ville de Charleroi et son agglomération, produisant le plus de richesses du pays, participe grandement à l'accession de la Belgique au rang de deuxième puissance industrielle mondiale. Mais, déjà à cette époque, la richesse n’était évidemment pas pour tout le monde. Au 18ième siècle, les représentants du patronat de Charleroi faisaient des bénéfices faramineux. Non seulement les bénéfices venaient du travail des ouvriers carolos, peu organisés à cette époque, mais aussi de manipulations monétaires organisées par le grand patronat aux dépends des commerçants et des ouvriers de Charleroi. Dans l’industrie verrière, le patronat ira jusqu’à obtenir du gouvernement l’interdiction pour un travailleur de changer d’employeur sans son consentement écrit. De cette manière, ce patronat se prémunit contre les éventuelles exigences salariales de travailleurs talentueux1. Donc, malgré l’âge d’or économique que vit la région, la pauvreté des travailleurs et de leur famille explose dans le même temps. Ce qui est bon pour une classe ne l’est pas forcément pour une autre. La différence de niveau de vie et d’espérance de vie est énorme.

Le conflit entre riches et pauvres a toujours existé et existe encore aujourd’hui. Ville et société ne sont pas dissociées, la ville n’est pas un lieu neutre. Chasse aux chômeurs, traque des malades de longue durée poussés sous le seuil de pauvreté, attaques contre les pensionnés, toutes ces mesures prises par le gouvernement fédéral ont des répercussions jusque dans la ville. C’est également le cas des mesures d’économies décidées par le gouvernement wallon ou la Fédération Wallonie-Bruxelles dans les logements sociaux, l’enseignement, la culture, etc. Proposer une alternative pour la ville n’est possible que dans un cadre plus vaste, il faut pour cela également proposer une alternative sociale, car la ville ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes.

C’est pourquoi nous inscrivons le combat pour le droit à la ville dans la lutte plus large de changement de système que nous menons avec le PTB.

Concurrence et marketing urbains

En 1973, une crise économique éclate provoquant de nouveau un chômage massif. Les grandes villes sont confrontées à de nouveaux problèmes, elles doivent faire face à un important taux de pauvreté. Dans les années quatre-vingt, l’image des grandes villes se ternit encore un peu plus, elles deviennent des ghettos, un concentré de criminalité, de pauvreté, de misère et de chômage, avec une administration politisée et un service public bureaucratisé. Dans ces années-là, l’accès aux infrastructures publiques dépend souvent des connexions politiques et des cartes de partis. A Charleroi les scandales politiques sont à leur comble au début des années 2000.

Depuis ,une vague néolibérale déferle sur la ville avec une tout autre vision. Les villes doivent désormais accroître leur prospérité en devenant compétitives. Autrement dit, elles doivent entrer en concurrence les unes avec les autres. Dans tous les partis traditionnels,du PS au MR en passant par le CDH et même souvent Ecolo là où ils participent à des majorités, il règne désormais une grande unanimité sur cette vision néolibérale, cette vision marchande de la ville.

Cette vision marchande implique une concurrence entre les villes au travers de campagnes promotionnelles faisant valoir leurs atouts sur les plans résidentiel, commercial et touristique. La ville n’hésite pas à vendre ses espaces et ses terrains aux promoteurs privés à qui elle confie les commandes. Ce sont eux qui vont soi-disant faire prospérer les villes! Avec leurs constructions prestigieuses, ils vont attirer une « nouvelle classe moyenne », convaincre une armada croissante d’étudiants étrangers de venir s’installer dans la ville et appâter les grandes entreprises et prestataires de services financiers pour les convaincre de s’implanter dans les parcs d’activités et zonings. Le tout avec roulements de tambours, campagnes marketing et mots pompeux. L’administration de la ville de Charleroi n’en a que pour le business, les promoteurs et les futurs habitants à fort pouvoir d’achat, au détriment de ses habitants actuels. Elle applique la logique du ruissellement des richesses. Investir dans le tourisme de luxe (avec par exemple le projet de construction d’une marina) et dans les quartiers d’affaires devrait à terme dans cette logique profiter à tout le monde. Mais rien n’est moins vrai ! Ce ruissellement n’atteint pas tous les citoyens, uniquement la couche supérieure. Comme au 18ième siècle, les riches s’enrichissent, tandis que les pauvres s’appauvrissent. Quant aux plus démunis, ils sont repoussés à la périphérie.

Pourquoi toutes les villes se ressemblent-elles ?

La ville est devenue une marchandise vendue aux investisseurs, aux entreprises et aux touristes. La promotion des villes est cruciale et se fait à coups de slogans et de nouveaux logos. Les villes se livrent une concurrence acharnée à travers des campagnes marketing très coûteuses. Les projets prestigieux s’enchaînent. Chaque ville veut disposer de son propre aéroport. Chaque ville veut sa nouvelle rue commerçante ou son nouveau complexe commercial, sa nouvelle gare, sa nouvelle tour de police. C’est cette logique bling-bling qui a amené la majorité communale à soutenir à bouts de bras la construction du centre commercial Rive Gauche. Ou qui a amené le bourgmestre à exiger la construction de la « Tour Bleue », cette tour de police construite par l’architecte Jean Nouvel d’un coût de 140 millions d’euros. Alors que cet argent aurait pu être investi dans la police de proximité. Ce bâtiment a d’ailleurs été primé en 2012 aux MIPIM Awards, le grand salon des promoteurs immobiliers à Cannes, dans la catégorie «Projets futurs ». Ce qui fait une belle jambe aux carolos...

C’est à cause de cette vision concurrentielle néolibérale que toutes les grandes villes finissent par se ressembler. Mêmes grandes enseignes dans les mêmes rues commerçantes, mêmes anciennes structures industrielles réaménagées avec cafés branchés, et mêmes quartiers de musées rénovés. Plus les forces du marché sont présentes, plus l’absence de diversité, de variété, de créativité est grande, avec partout une uniformité manifeste.

Les investisseurs ont redécouvert la ville. Aujourd’hui, ce sont eux qui mènent la barque grâce à leurs énormes capitaux. Investisseurs et spéculateurs ont des milliards en réserve. Un placement à la banque ne les intéresse pas, car cela ne leur rapporte plus rien et acheter des actions est devenu trop risqué. Investir dans l’immobilier urbain, au contraire, s’avère un « bon placement ». Investir dans la ville est aujourd’hui beaucoup plus rentable, c’est ce qui explique pourquoi les groupes financiers rachètent autant d’immeubles. Les années fastes sont de retour pour les promoteurs. Mais face à ces prix démesurés et excessifs, une importante partie des habitants se voit éjectée de la ville. Si l’on ne fait rien, les centres-villes risquent d’être tous transformés en réserves résidentielles tape-à-l’œil. Tandis que, comme Charleroi en est l’illustration, les quartiers autour sont délaissés.

La logique commerciale et l’esprit d’entreprise ont remplacé les services aux citoyens

Plutôt que de se tourner vers la population ou le personnel de la Ville de Charleroi pour améliorer les services trop politisés et bureaucratisés de la ville, c’est le contraire qui se produit. On fait de plus en plus appel au privé. Les projets publics-privés font leur apparition et la ville tente de sous-traiter au privé ses missions et son patrimoine. C’est exactement ce qui est en oeuvre avec l’organisation des classe de neige à Charleroi. La gestion de cette élément important de la vie des petits carolos a été cédée, avec l’échec que l’on sait, via une concession aux “Balcons du Mont Blanc”, une filiale du groupe de tourisme français ULVF. C’est ainsi que les clés du changement se retrouvent aux mains des fameuses régies communales autonomes, au sein desquelles l’emprise de la logique de rentabilité du privé est toujours plus grande.

Les services de la ville obéissent de plus en plus à une logique d’entreprise privée, à une logique de rationalisation dans un cadre d’austérité. Des objectifs stratégiques sont formulés. Services publics, serviabilité et convivialité deviennent peut à peu des « produits » pour les autorités communales.

En bonne logique d’entreprise, une ville pauvre comme Charleroi doit passer par une “restructuration” avec à la clé une cure d’austérité. Les services communaux doivent devenir rentables. C’est pour ça que le prix de la piscine a augmenté ou que le parking payant a été introduit. Le personnel doit être mis sous pression. C’est pour ça qu’aux guichets de l’administration on travaille en sous-effectif. Dans cette même logique la Ville calcule le nombre de visiteurs d’une bibliothèque de quartier et décide de la fermer si ce chiffre n’est pas assez élevé. Cette logique d’entreprise et d’austérité remplace les collaborateurs fixes qualifiés par des travailleurs en statut social précaire, des bénévoles, ou encore des services informatisés. Tout cela engendre clivages et discrimination dans les services, l’emploi et les salaires de l’administration publique.

Au contraire, une ville à la mesure des gens, avec sa vision sociale, garantit des services accessibles à tous, assure la protection des personnes socialement faibles ainsi que la mise en place d’équipements collectifs avantageux pour tous. La ville à la mesure du profit, avec sa vision libérale, se préoccupe avant tout de ceux qui ont les moyens de payer et n’offre qu’un service minimum aux autres.

La concurrence urbaine accentue tous les clivages

La politique néolibérale accentue tous les clivages. S’il est vrai que les quartiers du centre ville ont été revalorisés, cette revalorisation va inévitablement entraîner une flambée des prix, en particulier ceux du logement. Les groupes moins favorisés n’auront d’autre choix que de quitter le centre ville. Alors qu’on prétend vouloir favoriser la mixité sociale, on applique en réalité une politique de refoulement des personnes peu qualifiées et des sans-emploi. Ce processus par lequel les habitants d’origine sont poussés à quitter les quartiers pour laisser la place aux plus gros revenus s’appelle la gentrification.

On nous demande si nous sommes contre la revalorisation des quartiers. Bien sûr que non ! Investir dans la ville et revaloriser les quartiers est une très bonne chose, mais il ne faut pas oublier les gens qui y habitent. C’est malheureusement ce qui se produit avec la revalorisation des quartiers du centre ville de Charleroi.

C’est depuis l’Hôtel de Ville qu’est organisé le démantèlement progressif des infrastructures publiques dans les quartiers. Fermeture de guichets citoyens, fermeture de piscines, fermeture des bibliothèques, suppression des repas de midi et des bus pour les plaines de jeux, fermeture de plaines de jeux, fermeture de maison de quartier, fermeture de centres pour personnes âgées ou de la maison des associations,...

Mais ce qui est plus grave encore, c’est que la Ville a également cédé les clés au privé pour des missions publiques importantes. Charleroi est une ville où le nombre de personnes sur liste d’attente pour un logement social est énorme puisque 4000 personnes sont en attente d’un tel logement. Paradoxalement c’est aussi une des villes wallonnes qui a le plus de logements vides et qui, comble du comble, a même perdu des logements sociaux au cours de la mandature puisqu’il y en a maintenant 400 de moins qu’en 2012. La réponse de la majorité sortante est de donner la mission de construire des logements aux promoteurs privés. Soit des logements à 1000 ou 1200 euros par mois. Évidemment pas pour ceux qui sont sur la liste d’attente donc.

Depuis que la ville a remis les clés au privé, tout est organisé « comme dans une entreprise » : il faut désormais générer des bénéfices, les usagers sont devenus des « clients » et les prix doivent être « conformes au marché ». Appliquer des « prix conformes au marché », cela veut tout simplement dire que les prix exorbitants pratiqués dans le privé s’appliquent désormais aux services publics également.

C’est ainsi que, par exemple, la société de logement carolo « La Sambrienne » construit des logement dont les loyers sont inaccessibles à deux carolos sur trois. C’est ainsi que nous sommes tous devenus des numéros, avec tout en haut les plus gros. Le tissu social des services publics a été remplacé par un réseau froid de capitaux et de projets prestigieux. Et là où les services publics ont été supprimés, on voit se développer la misère et une tendance à « l’administration armée » pour reprendre les mots du sociologue français Loïc Wacquant.

Nous voulons des quartiers intégrés

Oui, il faut amener un vrai changement à Charleroi évidemment, mais sur base d’une toute autre logique que celle développée actuellement par la majorité PS-MR-CDH. Notre vision se base sur le droit à la ville, un droit qui intègre le droit au logement, le droit aux soins de santé, le droit à l’enseignement, le droit au travail, le droit à la culture, le droit à la participation et à l’espace public pour tous et toutes.

Il faut substituer le tissu social à la soif du gain et du prestige. Nous sommes pour une rénovation et une revalorisation de la ville basées sur une logique publique. Ce que nous défendons c’est un renouveau intégré. Nous investissons à côté des espaces verts et des espaces publics de qualité en premier lieu dans les habitants. Nous investissons dans des quartiers intégrés.

Un quartier intégré, c’est donc pour nous un quartier avec :

  • une école de qualité ;
  • des logements accessibles à la grande majorité des citoyens (une offre diversifiée incluant des logements à louer abordables, des logements à acheter abordables et des logements sociaux de qualité) ;
  • l’accès au gaz, à l’eau et à l’électricité pour tous  ;
  • un médecin généraliste, un dentiste et un pharmacien (pour des soins de première ligne de qualité et bon marché) ;
  • un bureau de poste (avec accès Internet), une agence bancaire publique et un distributeur automatique de billets ;
  • des espaces verts et des aires de jeux en suffisance ;
  • une maison de quartier accessible à tous fonctionnant selon le principe « café et papiers ». On peut y recevoir une aide administrative tout en partageant un café. 
  • des associations et maisons de jeunes ;
  • une vraie diversité ;
  • un parc à conteneurs gratuit et un service d’enlèvement des déchets adéquat ;
  • des agents de quartier qui habitent le quartier et connaissent réellement les habitants ;
  • une infrastructure de proximité : une bibliothèque de quartier, une piscine publique, une crèche, éventuellement une laverie communale ;
  • des transports publics développés et gratuits, un service public de vélos partagés et un service public de voitures partagées;
  • des petits commerces : coiffeur, boulanger, épicier…

Notre Grande Enquête : un dialogue exclusif avec près de 3000 carolos

En octobre 2017, dans le cadre de sa campagne en vue des prochaines élections communales, le PTB a lancé la plus grande enquête jamais menée à Charleroi. Pendant cinq mois, des centaines de bénévoles ont sillonné les rues par tous les temps pour présenter aux gens une quarantaine de points du programme.

Pas moins de 2892 carolos ont pris le temps de donner leur avis sur leurs priorités et les points à corriger dans notre ville. Les questions portaient sur dix thèmes : enseignement, emploi, logement, pauvreté, finances communales, jeunesse, propreté, sécurité, environnement et corruption.

Il a été demandé aux participants de sélectionner les trois thèmes les plus importants à leurs yeux et, pour chacun des dix thèmes, de cocher la meilleure proposition parmis quatre. Beaucoup de participants ont même suggéré de nouvelles propositions. On leur a également demandé d’indiquer dans quelle mesure ils étaient d’accord ou non avec deux affirmations se rapportant à la politique menée dans la ville.

Une interaction à cette échelle entre un parti politique et la population, c’est du jamais vu. En général lors d’un sondage électoral on interroge en moyenne 1 000 personnes, principalement par téléphone ou par Internet. Et si les partis de la majorité à Charleroi se sont inspirés de notre pratique en lançant également quelques mois plus tard une enquête au nom de la Ville, ils n’ont réussi à en récolter que 1945, soit près de 1.000 en moins. Notre enquête nous l’avons menée auprès d’environ 3 000 personnes, en faisant principalement du porte-à-porte dans les quartiers. La grande majorité des personnes interrogées — 75 % — ont rempli des questionnaires papier présentés par les bénévoles du parti ou tout simplement des amis, connaissances ou collègues. Environs 750 personnes nous ont donné leur avis en ligne. Vu le nombre de participants, nous pouvons affirmer que les résultats de notre Grande Enquête sont très pertinents pour tous ceux qui sont attachés à Charleroi.

Cette Grande Enquête, nous l’avons rédigée avec l’aide de sociologues, qui ont aussi participé à l’analyse des résultats. Les participants à notre enquête étaient des personnes de toutes tranches d’âges, ayant des niveaux de formation différents et provenant de différents quartiers de la ville.

L’emploi est au coeur des priorités des carolos

Des milliers de bras au travail sont nécessaires, pour une ville à la mesure des gens. Nous avons besoin de travailleurs en construction pour isoler les habitations, de chauffeurs pour de meilleurs transports publics, d’un plus grand nombre d’enseignants pour des classes plus petites, d'ouvriers et d'employés dans les services communaux. Il y a tant à faire. Pourtant, depuis des années, Charleroi présente les chiffres de chômage les plus élevés de Wallonie. Sans surprise, l'emploi est de loin la première priorité que le Carolos nous ont indiquée. 57% des répondants le choisissent comme une priorité. 1 personne sur 4 est sans emploi à Charleroi. Pour un emploi c’est en moyenne 40 Carolos qui se font concurrence. Or, à Charleroi le nombre d’emplois publics est en diminution : seulement 1 fonctionnaire sur 3 est remplacé. Nous voulons changer la donne, inverser la tendance.

77% des répondants à notre enquête trouvent que la ville doit investir dans un service public fort au lieu de privatiser ou sous-traiter. Une ville à la mesure des gens est une ville où l'emploi est au coeur de la ville.

Une piste importante est la création d’emploi via des investissements dans les services publics : remplacement de chaque personne qui part à la retraite et nomination du personnel communal pour garantir des emplois stables, investissements dans l'enseignement, les piscines, bibliothèques, le logement, l’énergie, les transports en commun, etc.

La lutte contre le « dumping social » est aussi un combat essentiel. La Sambrienne travaille souvent avec des cascades de sous-traitants. C’est aussi le cas de la construction de l’hôpital Marie Curie et de l’hôtel de Police.

Une vraie politique sociale de logement

Pouvoir se loger est un droit fondamental universel. Les pouvoirs publics ont le devoir de garantir ce droit. Il y a pénurie sur le marché du logement et cette pénurie fait grimper les prix. D’urgence, il faut qu’il y ait plus d’habitations, d’unités de logement qui mettront les jeunes ménages en mesure de se lancer dans la vie. Il faut également des logements pour les personnes âgées qui, sur ce plan, ont d’autres besoins. Ainsi que pour tous ceux qui, économiquement, se retrouvent sur la touche et ne peuvent trouver de logements convenables à des prix abordables.

C’est aussi ce que pensent les carolos. 30 % des personnes enquêtées en font une priorité. Aujourd’hui, la ville de Charleroi compte à peine 9400 logements sociaux, c’est-à-dire, tout bien compté, 400 de moins (!) qu’il y a six ans. Entre-temps, 4000 Carolos sont sur des listes d’attente pour une habitation sociale. Hélas, on ne peut pas habiter sur une liste d’attente...

L’offre en logements sociaux est maintenant à moins de 10 % du marché de l’habitat, ce qui est tout simplement illégal (et l'ex-ministre président wallon le sait très bien). Nous défendons une politique ambitieuse de création de logements sociaux modernes et de qualité, avec l'objectif de passer de 10 à 25 % de logement sociaux d'ici 2036. Nous voulons aussi une tolérance zéro pour les logements vides notamment en augmentant les contrôles et le montant de la taxe contre les logements vides.

La lutte contre la pauvreté, une priorité pour les Carolos.

La lutte contre la pauvreté est aussi une priorité pour les Carolos. Au moins 36 % des participants ont classé la lutte contre la pauvreté dans le top 3 des thèmes les plus importants. C’était le cas dans toutes tranches d’âges et catégories professionnelles confondues. Même lorsqu’ils ne sont pas directement touchés, les carolos font preuve d’une grande empathie. Nous voyons en effet chaque jour les conséquences de l’appauvrissement dans notre ville, à la fois avec la situation dramatiques des SDF mais aussi le nombre de plus en plus grands d’allocataires et même de travailleurs qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts et tombent dans la pauvreté. Dans notre ville aujourd’hui malheureusement les pouvoirs publics n’aident pas les SDF, ils tentent de les chasser.

Une très large partie des Carolos souhaite que la Ville s’attaque prioritairement à la pauvreté. Cela passe évidemment par des solutions structurelles liées notamment à l’emploi et au logement, mais cela passe aussi par des politiques ciblées et énergiques de lutte contre la pauvreté. C’est pourquoi nous voulons faire Charleroi une ville pionnière dans la lutte contre la pauvreté, non seulement avec le développement de maisons de quartier qui ont un vrai rôle dans ce sens (voir programme pauvreté), mais aussi en jouant un rôle d’avant-garde dans le combat pour relever les allocations au-dessus du seuil de pauvreté.

Les Carolos veulent plus de services publics et de logements publics

Dans notre Grande Enquête, nous demandions aux participants leur avis sur deux affirmations. Trois quarts (74 %) se sont déclarés d’accord avec l’affirmation « Notre commune devrait avoir au moins 25 % de logements publics pour répondre aux besoins des 4000 personnes sur la liste d'attente ». Les carolos sont manifestement plus conscients que la majorité communale sortante de la bombe sociale que constitue la problématique du logement dans notre ville.

Et c’est même presque trois quarts des répondants (71%) qui se déclarent d’accord avec l’affirmation : « La ville doit privilégier des services publics de qualité au lieu de faire appel à des entreprises de sous-traitance ou de privatiser. » A rebours de ces discours néo-libéraux sur le moins de services publics possibles, les carolos se rendent compte de l’importance du rôle des instances publiques.

Tous les résultats de notre Grande Enquête sont incorporés dans le présent programme. Ce programme, c’est donc aussi votre programme. Et c’est la base des combats que nous allons mener au niveau de la ville dans les années à venir.

1 Cf : Une mutation, le « Pays de Charleroi » aux 17ième et 18ième siècle. Aux origines de la Révolution industrielle en Belgique. Etudes d’histoire politique, économique et sociale.

Prêt.e pour la grande vague du changement social ?