"Avec le PTB, nous voulons un vrai changement pour Charleroi. Un changement radical"

3 October 2018

Ce 30 septembre, le PTB tenait son grand meeting électoral à Charleroi. Plusieurs centaines de membres, curieux et sympathisants se sont rassemblés pour écouter Raoul Hedebouw, le porte parole national du PTB, mais aussi différents candidats aux élections communales ainsi que des acteurs des différentes luttes sociales ayant secoué la région ces derniers mois. Avant de laisser place à la fête avec le concert d'Andy Kirk, Sofie Merckx, tête de liste du PTB aux élections communales, a tenu un discours pour fixer les objectifs et les enjeux du 14 octobre à Charleroi. L'occasion également de rendre hommage à tous les carolos qui luttent quotidiennement pour reconquérir la ville, ainsi que de dresser un bilan concret du travail de la dernière majorité et de proposer des alternatives. Voici le discours dans son intégralité.

« Cher amis, chers camarades,

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la campagne Ă©lectorale qui nous concerne, ici, Ă  Charleroi, est loin d’être « bon enfant Â». Coups bas, machisme, insultes, tout est permis. Selon Paul Magnette, le PTB raconte des « carabistouilles Â» et des mensonges. Nous ne connaĂ®trions mĂŞme pas les chiffres.

Mais ce n’est pas tout. Magnette l’a annoncĂ© en grande pompe dans la presse, Ă  grands renforts de vidĂ©os « sponsorisĂ©es Â» sur Facebook : le PTB, s’il arrive au pouvoir, va taxer les mĂ©nages Ă  hauteur de 2000€ par an. Quel culot ! Est-ce la campagne qui lui monte Ă  la tĂŞte, pour qu’il oublie que c’est sa majoritĂ© qui a augmentĂ© l’IPP ? Est-ce le PTB qui a augmentĂ© la taxe poubelle ? Qui, Ă  Charleroi, a augmentĂ© les tarifs des plaines de jeux et des piscines ? C’est bien la coalition emmenĂ©e par Paul Magnette.

Ici, chers camarades, je sais que personne ne me coupera la parole, contrairement Ă  ce qu’ont fait les reprĂ©sentants des partis traditionnels lors des derniers dĂ©bats publics. Je vais donc rĂ©pondre Ă  ces accusations. Ici, je sais que personne ne tentera de vous faire croire que je ne connais pas Charleroi en me demandant quelle est la profondeur, la largeur ou le dĂ©bit de la Sambre. Moi, qui suis Carolo depuis 20 ans, je ne connaĂ®trais pas Charleroi ? C’est sĂ»r que lui et moi, nous ne connaissons pas la mĂŞme ville. Au PTB, nous connaissons le Charleroi de cette maman qui attend un logement social. De ces ouvriers de la ville qui souffrent de l’austĂ©ritĂ© au jour le jour. De cette mamie qui n’a pas les moyens de payer ses mĂ©dicaments, sous peine de ne pas pouvoir rĂ©gler la facture d’énergie. De ces locataires qui, vous ĂŞtes au courant, vivent dans leur immeuble sans ascenseur. Est-ce donc cela, la « fiertĂ© retrouvĂ©e Â» ? Les milliers de familles qui attendent un logement social ? Est-ce une fiertĂ© de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur trois ? De voir que plus de 900 fois on refuse un sans-abris par manque d’hĂ©bergement ?

Au PTB, nous voyons la fiertĂ© dans l’autre camp. Dans le camp des milliers de fonctionnaires de la ville, du CPAS et des intercommunales qui se dĂ©mènent quotidiennement pour offrir un service de qualitĂ© aux habitants, malgrĂ© les restrictions, malgrĂ© le manque de personnel, et qui se sont mobilisĂ©s Ă  des dizaines de conseils communaux. Dans le camp des travailleurs de Ryanair. Dans le camp des habitants de Gilly, qui se battent pour que les carolos, en particulier les enfants, aient le droit d’aller Ă  la piscine. Dans le camp des habitants de Montignies qui, depuis 5 ans, sont en lutte pour leur maison de quartier. Dans les camps des ouvriers de Caterpillar qui n’ont rien lâchĂ© pour que le terrain soit cĂ©dĂ© pour un euro symbolique. Dans le camp des sidĂ©rurgistes qui rĂ©clament la sauvegarde du Haut Fourneau. Dans le camp des Jumetois demandant un musĂ©e du folklore. Ce sont eux qui font la fiertĂ© de Charleroi, eux et les comitĂ©s de parents qui se mobilisent, les gens qui s’investissent dans la crĂ©ation de vergers et de jardins collectifs, ceux qui se bougent pour la mobilitĂ© douce, et j’en passe. Et, bien sĂ»r, ceux qui ne sont pas lĂ  Ă  ce meeting parce qu’ils sont en train de manifester, en ce moment mĂŞme, contre le projet de centre fermĂ© de Jumet. Ça, c’est Charleroi : la ville la plus combative, la ville dont nous pouvons toutes et tous ĂŞtre fiers !

La campagne est très loin d’être « bon enfant Â», effectivement. Beaucoup me l’ont dit ces derniers jours, comme Roberto, ancien syndicaliste chez Caterpillar et 4ème candidat sur nos listes communales. « S’ils ont l’air si nerveux, c’est qu’on est dans le bon Â». Il faut dire que Roberto a l’habitude des combats. C’est aussi ça, la richesse des membres du PTB. Et c’est vrai que certains ont de quoi avoir peur.  Avec le PTB, nous voulons un vrai changement pour Charleroi, un changement radical. Nous ne voulons pas d’une ville qui concentre tout dans le centre et qui joue le jeu de la concurrence. Cette fameuse concurrence que la majoritĂ© invoque Ă  tort et Ă  travers. « Il faut investir des millions d’argent public dans la marina, sinon elle va partir Ă  Mons ou Ă  Namur Â». « Il faut un palais des congrès Ă  Charleroi, car Mons, Namur et Liège en ont dĂ©jĂ  un Â». Mais lorsqu’il s’agit d’investissements pour rĂ©pondre aux besoins de la population, il n’y a plus personne. Pourquoi ? A cause de cette course effrĂ©nĂ©e pour attirer des investisseurs privĂ©s qui, eux, ne pensent qu’à faire rentabiliser leur capital. C’est comme ça qu’on investit des millions d’argent public, notre argent, celui de nos impĂ´t, pour accentuer les clivages plutĂ´t que pour rĂ©pondre Ă  nos besoins. D’ici 2020, on aura investi 200 millions d’euros d’argent public dans le seul centre-ville. Cette logique, que le PS, le MR et le CDH appliquent Ă  merveille, c’est contre cela que nous nous battons.

La campagne Ă©lectorale du PTB a commencĂ© il y a plus d'un an. Depuis lors, nous avons, entre autres, fait une grande enquĂŞte auprès de 3000 Carolos pour connaĂ®tre leurs prĂ©occupations. Ces 3000 rĂ©ponses, nous les avons analysĂ©es en profondeur. Aucun autre parti politique n’a, dans l’histoire de Charleroi, fait un tel exercice. Dans cette enquĂŞte, nous avons posĂ© la question suivante : « Voulez-vous qu’il y ait 25% de logements sociaux afin de rĂ©pondre aux besoins des 4000 personnes placĂ©es sur liste d’attente Â». Plus de 74% des sondĂ©s ont rĂ©pondu oui. Nous l’avons donc inscrit dans notre programme. Aurions-nous dĂ» ne pas le mettre, de peur que cela ne soit pas assez rĂ©aliste aux yeux des Magnette et consorts ? Ou parce que ce n’est pas prĂ©vu dans les budgets actuels de la rĂ©gion Wallonne dans ce domaine ?

Nous n'avons jamais dit aux gens :  Â« votez pour nous et on «arrange» ça Â». Nous avons toujours Ă©tĂ© clairs : « engagez-vous Ă  nos cĂ´tĂ©s, et nous nous battrons ensemble pour mettre en place ces idĂ©es ».  Mais ce que nous proposons est rĂ©aliste. RĂ©aliste et nĂ©cessaire. Le secteur public est la seule solution pour rĂ©pondre Ă  la crise du logement.

En effet, Charleroi a diminuĂ© le nombre de logements sociaux. On m’accuse de mentir quand je dis ça, alors j'ai refait mes calculs. Et c’est vrai, entre 2013 et 2017 le nombre de logements n'a pas diminuĂ© de 400 comme je l'avais expliquĂ©. Il a diminuĂ© de 500 ! La majoritĂ© actuelle a fait le pari du privĂ© pour rĂ©soudre la crise du logement. Mais le privĂ© n’a pas pour vocation de rĂ©soudre ce genre de problème. Pas avec des prix, par exemple, de 1000 euros par mois pour un appartement de 2 chambres. Pas avec le promoteur Matexi, qui vend des maisons 3 chambres Ă  223 000 euros.  223 000 euros ! Il faut les sortir, quand mĂŞme. Ce ne sont pas les promoteurs qui, de leur initiative, vont construire des logements abordables.

Alors que, de l’autre cĂ´tĂ©, construire plus de logements sociaux, en plus d’offrir une vie digne aux gens placĂ©s sur liste d’attente, permet d’influencer les prix sur le marchĂ© privĂ© en mettant une pression vers le bas. Cela offre, en plus, la possibilitĂ© de loger tout un chacun tout au long de la vie, mĂŞme après avoir trouvĂ© un job. De cette manière, lorsqu’on a davantage de moyens et qu’on paie un loyer plus Ă©levĂ©, car c’est comme ça que fonctionne le logement social, on permet au modèle d’être viable financièrement. Il faut arrĂŞter le cercle vicieux qui fait que les bĂ©nĂ©fices sont toujours pour le privĂ© et les charges pour le public. Il faut rentrer dans un nouveau cercle vertueux. Nous proposons donc que soit imposĂ©e aux promoteurs, dans les charges d’urbanisme, l’obligation de construire un tiers de logements sociaux dans les nouveaux lotissements (et il y en a beaucoup, pour le moment). « Mais cela ne ferait-il pas fuir les investisseurs ? Â», me rĂ©torque-t-on. Ils ne deviendront pas pauvres, non. Mais c’est vrai que leurs marges bĂ©nĂ©ficiaires risquent de se rĂ©duire un peu. C’est le choix que nous proposons de faire : rĂ©duire un peu les bĂ©nĂ©fices des promoteurs immobiliers pour permettre aux gens de se loger dignement.

C'est la mĂŞme chose pour les TEC gratuits. Aujourd'hui 84 % des dĂ©placements se font en voiture Ă  Charleroi . Si nous voulons rĂ©pondre au dĂ©fi de la mobilitĂ© aussi bien sur un plan social que sur le plan Ă©cologique, il est temps de prendre des mesures fortes. Quand je vois l’enthousiasme que cela suscite Ă  Dunkerque, je me dis que, lĂ  aussi, un cercle vertueux est possible. Plus de 50% de personnes en plus qui prennent le bus ! Une femme qui explique qu'elle pourra dĂ©sormais aller plus souvent voir sa petite fille ! Nous pourrions, avec cette mesure, aussi faire revivre la ville haute oĂą les commerçants souffrent de l’instauration du parking payant.

6,5 millions d’euros. Moins de 2% du budget annuel de la ville de Charleroi. C’est le prix de cette mesure. 50 millions ont Ă©tĂ© prĂ©vus pour le bus Ă  haut niveau de service, ne pourrions-nous pas plutĂ´t utiliser cet argent pour enclencher un mouvement vers la gratuitĂ© des TEC ? Pourquoi ce qui est possible Ă  Dunkerque ne serait-il pas possible Ă  Charleroi ?

Dans le passĂ©, nous avons d'ailleurs dĂ©jĂ  fait bouger les lignes. Quand, en 2013, on a haussĂ© les tarifs de garderie dans les Ă©coles, nous l'avons dĂ©noncĂ©. Contre la hausse, nous avons demandĂ© la gratuitĂ© pure et simple de ce service. Mais c’était impossible ! Cela dĂ©pendant d’un autre niveau de pouvoir, nous rĂ©pondait-on. NĂ©anmoins, la pression de l'associatif, des mouvements pour le droit des femmes, des parents et du ptb ont obtenu gain de cause. Aujourd’hui, les garderies sont gratuites. L'idĂ©e des transports en commun gratuits fait aussi son chemin. Nous l'avons mise sur la table depuis plusieurs mois maintenant, et la « plate-forme mobilitĂ© » la met Ă©galement en avant comme une revendication. Et, alors que c’était soit disant impossible, Magnette commence maintenant Ă  l’envisager pour les 12-18 ans. LĂ  aussi, les lignes bougent.

Alors, est-ce que le PTB va imposer des taxes ? Ça dĂ©pend pour qui. Aujourd’hui, ce sont les petits qui payent et les gros sont chouchoutĂ©s Ă  coups de cadeaux payĂ©s avec l’argent public. C’est la logique libĂ©rale Ă  l’état pur. Nous dĂ©fendons l’exact inverse. Sur le plan fiscal nous avons mis plusieurs propositions sur la table pour que les charges soient portĂ©es par les Ă©paules les plus larges. Comment est-ce possible, Ă  l’heure actuelle, qu’on ne taxe pas le nouveau centre commercial ? Nous proposons une taxe sur les surfaces commerciales Ă  partir de 400 m² de commerce, afin de ne pas toucher les petits indĂ©pendants.

Mais il est évident qu'il va falloir aussi se battre aussi pour que les villes soient financées à hauteur de leurs besoins. Bien souvent, les partis qui se plaignent de l'austérité sur les villes sont en réalité totalement responsable de cette situation, puisqu’ils exercent le pouvoir aux niveaux supérieurs. En 2006 Charleroi avait 4782 bénéficiaires du CPAS. En 2018, ce sont 7254 personnes, soit une hausse de 50 % à la charge de la commune ! Et quels sont les partis qui ont voté la chasse aux chômeurs ? Oui, les mêmes partis qui sont à la direction de la Ville de Charleroi depuis des années.

On nous a aussi reproché de vouloir diviser le salaire du bourgmestre par deux. Non, ce n’est pas une mesure « gadget pour surfer sur l’antipolitisme », mais bien une question d’éthique fondamentale. Nous pensons que les élus devraient vivre dans des conditions plus proches du niveau de vie des gens qu’ils prétendent représenter. Magnette a plus de 5.000€ nets de salaire mensuel. Avec un tel salaire, évidemment, il ne peut pas se rendre compte des problèmes causés par l’augmentation de la taxe poubelle ou par le parking payant. Au PTB nous avons fait le choix d'élus qui vivent réellement avec un salaire de travailleur. Parce qu'on veut vivre comme on pense. On ne demande pas aux autres de faire pareil, mais au moins de vivre un tout petit plus en phase avec la réalité des gens.

Enfin on nous dit que nous ne voulons pas monter dans une majoritĂ©. C'est faux. Nous sommes mĂŞme dĂ©jĂ  dans une majoritĂ©, Ă  Borgerhout. Évidemment que nous sommes prĂŞts Ă  faire des compromis. Des compromis oui, mais pas des compromissions. La question, celle que le PS veut Ă©viter Ă  tout prix, c’est : pour faire quoi ? Nous, nous n’irons pas dans une coalition pour appliquer des politiques de droite. Je le dis ici très clairement : nous n'irons pas dans une majoritĂ© qui continue les projets de prestige comme la Marina, les logements de luxe et le nouveau palais des congrès bling-bling.  Nous n'irons pas dans une majoritĂ© qui appliquerait ne fut-ce qu'un 1€ d'austĂ©ritĂ© encore sur le dos des agents communaux ou des services de la Ville . Et enfin, une troisième condition de notre participation, ce sera au niveau de la gouvernance. Oui, il faudra une autre manière de faire de la politique. Il faudra en finir avec les salaires extravagants et les mandats dĂ©rivĂ©s grassement rĂ©munĂ©rĂ©s. En finir avec les petits arrangements de Vancau ou de Cyprien Devillers, qui font payer leurs activitĂ©s par les actionnaires de Rive Gauche.

Nous ne faisons pas partie de ces politiciens traditionnels qui viennent sonner Ă  votre porte uniquement en pĂ©riode Ă©lectorale pour vous offrir leur carte de visite. Vous nous voyez toute l'annĂ©e, sur le terrain, aux piquets et dans les quartiers. Au contraire, nous rĂ©pĂ©tons toujours que, comme pour toutes les conquĂŞtes sociales que nous avons acquises dans le passĂ©, il faudra ĂŞtre nombreux, organisĂ©s et lutter pour arracher des victoires.  L'enjeu du 14 octobre c'est d'avoir les porte-paroles de ces luttes dans les conseils communaux. Le 14 octobre, dans deux semaines, nous avons une occasion unique depuis des annĂ©es pour donner un signal clair pour une autre politique. Nous voulons atteindre au moins 10%, soit environ 10.000 voix, ici, Ă  Charleroi. Mais vous le voyez, la campagne est sale. Hier, Ă  Charleroi Nord, lors d'un porte-Ă -porte, une dame m’a expliquĂ© qu'elle ne comptait plus voter PTB depuis qu'elle avait entendu qu'on allait lui imposer une taxe de 2.000€. C'est la dernière ligne droite, il va falloir se battre pour chaque voix. Il ne faut pas penser que c’est dans la poche. On a donc besoin de vous. Aidez-nous dans les 15 jours qui arrivent en collant une affiche Ă  votre fenĂŞtre, en faisant une contribution financière ou en tentant de convaincre les gens autour de vous.  Chaque petit effort compte.

Mais nous avons aussi besoin de vous après. Devenez membres du PTB. Rejoignez un groupe de base dans votre quartier ou votre entreprise. Contribuez à construire le mouvement qui veut changer cette société.

Aujourd'hui Ă  Charleroi et partout en Belgique, les libĂ©raux et les “socialistes” ont peur de l'Ă©mergence d'une alternative radicale Ă  gauche. L’émergence de cette alternative est la seule rĂ©ponse au pessimisme ambiant. Aidez-nous Ă  ce que cette alternative devienne une rĂ©alitĂ©, aidez-nous Ă  rendre cet espoir aux gens !


Merci Ă  toutes et tous !