Un collaborateur exposé au Bois Du Cazier

Ce lundi, Thomas Lemaire (PTB) est intervenu durant le Conseil Communal de Charleroi pour dénoncer l’exposition consacrée au sculpteur carolo Georges Wasterlain depuis le 18 mai au Bois Du Cazier. En marge des festivités du 1er mai, la FGTB Charleroi Sud-Hainaut avait, à juste titre, émis de sérieux doutes sur la pertinence de cet événement mettant un ancien collaborateur nazi au premier plan.  

Qui était Georges Wasterlain ?

Né le 12/01/1889 à Chapelle-lez-Herlaimont et décédé à Alost en 1963, il est un artiste reconnu durant les années 30. Seulement, après l’occupation des nazis en mai 1940, il devient un sympathisant actif du régime.

L’administration militaire allemande cherche en effet à fonder une sorte de « DeVlag » (association culturelle nazie) à la sauce wallonne, et s’adresse donc à Wasterlain. En avril 1941, ce dernier prend la tête la nouvelle association, nommée Communauté culturelle wallonne (CCW). Il le fait surtout car ça lui permettra de vendre ses propres œuvres, et il en a effectivement vendu beaucoup sous l’occupation.

À l’invitation de Joseph Goebbels, sinistre figure de proue du fascisme allemand, il visite, avec d’autres artistes, une exposition d’art à Munich en 1941 et, en 1942, il assiste aux Journées culturelles wallonnes organisées par la CCW à Liège. Il y prend la parole et prononce l’allocution de clôture en adressant un « salut des congressistes aux valeureux combattants de la Légion wallonne » (qui rassemble des volontaires recrutés par le mouvement REX pour combattre sur le front de l’Est aux côtés des troupes allemandes).

La gravité de ces faits amène les autorités belges après la libération à condamner Wasterlain pour collaboration culturelle. Il est arrêté à la libération, se voit condamné à deux ans de prison et est déchu de ses droits civiques. Wasterlain n'a plus jamais osé revenir à Charleroi et est allé habiter à Alost pour le reste de ses jours.

L’amnistie pour les collaborateurs nazis ?

Le contexte étant posé, il est tout à fait surprenant de voir que la majorité PS, CDH (C+), Ecolo laisse se programmer une exposition des œuvres de cet artiste simplement présenté comme « peintre et sculpteur ouvrier ». Le Bois du Cazier est en effet un lieu central de l’histoire des travailleurs belges – dont les conditions de travail ainsi que la répression qu’ils ont subie durant l’occupation furent terribles – ainsi que le théâtre d’actes de résistance antifasciste.

« On est en train d’évoquer un artiste qui, au moment où la population vivait les difficultés de la guerre et subissait la terreur nazie, dirigeait l’organe culturel de collaboration par excellence et se mettait ainsi au service de l’appareil de propagande du nazisme. Tout en s’enrichissant au passage », a rappelé Thomas Lemaire.

Il existe des forces politiques qui cherchent activement à promouvoir l’amnistie pour les crimes commis par les collaborateurs lors de la seconde guerre mondiale. Nous considérons que la Ville de Charleroi se doit de lutter fermement contre ces forces. Les initiatives telles que l’exposition sur Wasterlain vont dans le sens contraire en normalisant l’idée que la collaboration est une erreur et non un crime.

Prendre des mesures d’urgence

Cette expo n’aurait jamais dû exister. Il est important de corriger le tir dès à présent en prenant d’urgence les mesures suivantes :

  • Le Bois du cazier et la Ville doivent programmer rapidement des événements commémorant la résistance des travailleurs carolos contre l'occupant.
  • Les mots "collaborateur" et "nazi" doivent apparaître dans le titre de l'expo  sur tous les supports et sur le site. Ils doivent aussi apparaître dans la partie en gras qui présente l'expo sur le site du bois du cazier :
    http://www.leboisducazier.be/event/georges-wasterlain/?event_date=2019-05-18
  • Un article expliquant les détails de la collaboration de George Wasterlain avec l’occupant doit être publié et exposé en première page du site du Bois du Cazier durant toute la durée de l'expo . Cet article sera diffusé auprès de chaque visiteur de l'expo.

Si on ne s’interroge pas sur le passé, on est condamné à le revivre dit-on souvent. A l’heure où les Vlaams Belang, Marine Lepen, Salvini et autres figures de l’extrême droite progressent en Europe – en témoignent les résultats des élections européennes du 26 mai – comment est-ce possible qu’une telle amnistie culturelle soit possible dans notre Ville ?

 


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